Auch, Territoire en Transition

« AUCH EN TRANSITION » est une initiative citoyenne qui s’inscrit dans le mouvement des villes en Transition initié en Grande-Bretagne en 2006 par Rob Hopkins.

Après 2 manifestations publiques, un comité de pilotage s’est constitué le 25 janvier 2012.

Cette initiative a pour but de favoriser une dynamique locale, en vue de se préparer à trois crises majeures : le changement climatique, la raréfaction des ressources – en premier lieu des hydrocarbures – et la crise du modèle économique et financier mondial.

Nous sommes convaincus que l’interaction de ces trois crises dans la présente décennie a un potentiel dévastateur et qu’il est incontournable de se préparer dès maintenant à la transition vers un nouveau mode de vie.

Le mouvement des villes et territoires en transition est né de cette conviction et propose une démarche collective fondée sur :

  • l’engagement rapide dans la décroissance de la consommation énergétique et des ressources en général ;
  • la reconstitution de la résilience des territoires et communautés humaines, c’est-à-dire leur capacité à traverser les difficultés grâce au resserrement des liens économiques et sociaux ;
  • la relocalisation plus ou moins prononcée des activités, en particulier la production alimentaire ;
  • une vision volontariste et positive de l’avenir susceptible de redonner confiance et de mobiliser les énergies et les compétences de chacun ;
  • une action ascendante, c’est-à-dire partant des citoyens ;
  • une action à l’échelle de ce que vivent les citoyens et où ils ont prise sur leur vie, c’est-à-dire au niveau local ;
  • une démarche inclusive de tous les acteurs et habitants d’un territoire, avec des actions transversales touchant tous les secteurs de la vie économique et sociale.

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7 idées open-source pour la transition

 

7 idées, version web 2.0

Des graines de monnaie-du-pape (lunaria) dans un sachet pr la poste

Article écrit par Kristen (Aveyron) sur son site : http://www.arpentnourricier.org/

Dans la sé­rie sur les 7 idées pour la tran­si­tion, celui-ci est consa­cré à la par­tie plus in­for­ma­tique de la tran­si­tion. Quoi qu’en disent cer­tains, l’internet est un ou­til cen­tral dans la tran­si­tion éner­gé­tique. Je me de­mande même si l’internet n’est pas l’un des fac­teurs es­sen­tiels ayant conduit à l’émergence de la tran­si­tion. Je re­vien­drai sur la ré­vo­lu­tion que consti­tue l’internet (de type open-source et web 2.0) dans les rap­ports que l’humanité en­tre­tient avec l’information et la prise de dé­ci­sion, et l’importance que ça re­vêt pour créer de la ré­si­lience en per­met­tant de dé­cen­tra­li­ser le monde. Pour l’heure, contentons-nous d’énumérer quelques idées qui pour­raient bé­né­fi­cier d’une col­la­bo­ra­tion open-source et de quelques com­pé­tence informatiques.

Echange de se­mences peer-to-peer

Connaissez-vous book­mooch ? C’est un sys­tème d’échange de livres sur in­ter­net dans le­quel chaque par­ti­ci­pant fait la liste des livres qu’il veut bien don­ner, la liste des livres qu’il vou­drait re­ce­voir, et le sys­tème or­ga­nise la ro­ta­tion des livres : cha­cun se charge des frais d’envoi aux des­ti­na­taires des livres que le ser­veur aura dé­si­gnés comme heu­reux ré­ci­pien­daires de ses dons, tan­dis qu’il re­çoit gra­tui­te­ment des livres de sa liste de sou­haits, ex­pé­diés par d’autres par­ti­ci­pants. La comp­ta­bi­lité est as­sez simple, puisque 1 livre ex­pé­dié donne droit à 1 livre reçu.

La tech­no­lo­gie pour­rait être ri­gou­reu­se­ment la même pour les échanges de se­mences an­ciennes : cha­cun en­ver­rait à ses frais des sa­chets de graines et en re­ce­vrait d’autres gra­tui­te­ment. Il y a en plus trois avan­tages ma­jeurs des graines sur les livres : la li­vrai­son est moins chère, il y a pro­ba­ble­ment moins de ré­fé­rences à gé­rer, et les graines se multiplient.

Avec un tel sys­tème, il se­rait par­fai­te­ment en­vi­sa­geable que des par­ti­cu­liers aux quatre coins de la France (voire du monde) puissent en­tre­te­nir la bio­di­ver­sité et la ri­chesse des va­rié­tés po­ta­gères : une sorte de conser­va­toire dis­tri­bué, vi­vant, et nour­ri­cier, aux an­ti­podes des banques de graines cen­tra­li­sées, conge­lées et pro­ba­ble­ment stériles.

Sys­tème de lo­gis­tique distribuée

Avec le dé­clin pro­gres­sif des éner­gies fos­siles, le prix du trans­port aug­men­tera mé­ca­ni­que­ment. Le trans­port sur les longues dis­tances pourra tou­jours bé­né­fi­cier de grosses éco­no­mies d’échelles et de moyens de trans­port éco­nomes (ba­teau, train), mais le trans­port jusqu’au client fi­nal se fait gé­né­ra­le­ment par voi­ture ou camionnette.

Pour les pe­tits co­lis, c’est la Poste qui est le plus ef­fi­cace, avec ses tour­nées qui des­servent ab­so­lu­ment tout le monde, mais elle se­rait bien en peine de dis­tri­buer des mar­chan­dises plus vo­lu­mi­neuses ou plus lourdes, par exemple vos courses, et c’est là qu’il faut uti­li­ser autre chose.

L’idée de s’appuyer sur les consom­ma­teurs eux-même pour la li­vrai­son, les grandes sur­faces la mettent en pra­tique tous les jours : cha­cun va faire ses courses au su­per­mar­ché, qui n’est fi­na­le­ment qu’en vaste en­tre­pôt co­loré, as­semble soi-même sa com­mande et réa­lise sa propre li­vrai­son. C’est as­sez idiot en termes d’efficacité éner­gé­tique, à moins qu’on ar­rive à faire les courses pour ses voisins.

C’est en par­ti­cu­lier en tra­vaillant sur la lo­gis­tique des AMAPs et des grou­pe­ment d’achats qu’on peut cher­cher à op­ti­mi­ser un ré­seau lo­gis­tique s’appuyant uni­que­ment sur les al­lées et ve­nues des particuliers-consommateurs. En es­sayant de pro­fi­ter au maxi­mum des dé­pla­ce­mennts que les gens font de toute fa­çon (tra­vail, école, mar­ché, etc.), ce ré­seau lo­gis­tique pour­rait être par­ti­cu­liè­re­ment ef­fi­cace en éner­gie et en coût (mais pro­ba­ble­ment pas en temps). Un atout ma­jeur de ce sys­tème, c’est que les par­ti­cu­liers ont na­tu­rel­le­ment ten­dance à al­ler tra­vailler dans les lieux de pro­duc­tion et les lieux ur­bains, et à ha­bi­ter dans les quar­tiers ré­si­den­tiels et les zones ru­rales. Il sont donc par construc­tion des li­vreurs idéaux.

Le nombre d’acteurs étant par­ti­cu­liè­re­ment grand, avec des contraintes per­son­nelles par­ti­cu­liè­re­ment dis­pa­rates, la ges­tion cen­tra­li­sée d’un tel ré­seau se­rait illu­soire. En re­vanche la ges­tion dis­tri­buée as­sis­tée par in­ter­net et par té­lé­pho­nie mo­bile pour­rait avoir du sens. Je n’ai pas en­core raf­finé les dé­tails, mais on pour­rait ima­gi­ner que chaque par­ti­ci­pant pré­cise sur un ser­veur ses ha­bi­tudes de tra­jets, que les par­ti­ci­pants au ni­veau lo­cal dé­fi­nissent quelques points de re­dis­tri­bu­tion un peu cen­traux et sé­cu­ri­sables (la gare, l’école, le mar­ché, le café, la mai­rie) à la ma­nière des points Kiala. La ma­chine op­ti­mi­se­rait en­suite les par­cours des co­lis à ache­mi­ner en en­voyant des alertes cour­riel ou SMS aux par­ti­ci­pants sol­li­ci­tés. Un par­ti­ci­pant pren­drait le co­lis au point spé­ci­fié, le scan­ne­rait avec son té­lé­phone mo­bile (juste une photo du code barres), et l’emmènerait à un autre point spé­ci­fié. A chaque tra­jet, le par­ti­ci­pant ga­gne­rait des points, ce qui pour­rait soit lui va­loir des li­vrai­sons gra­tuites pour ses co­lis, soit éven­tuel­le­ment une in­dem­ni­sa­tion en na­ture (es­sence, pneus). S’il s’agit de pro­duits non-périssables, on peut s’appuyer in­té­gra­le­ment sur les allées-venues ha­bi­tuelles des gens, ce qui fe­rait un coût de trans­port quasi-nul et po­se­rait peu de ques­tions au ni­veau des as­su­rances. Pour les pro­duits pé­ris­sables tels que les pa­niers de fruits et lé­gumes des AMAPs, il fau­drait peut-être que le pro­duc­teur ou un adhé­rent se charge d’effectuer un tra­jet spé­ci­fique pour le pre­mier tron­çon de la livraison.

Qu’il soit mis en oeuvre par une en­tre­prise ou une as­so­cia­tion, ce prin­cipe pour­rait se fi­nan­cer de plu­sieurs ma­nières : soit l’essence est vrai­ment chère, au­quel cas ce sera pro­ba­ble­ment le mode de li­vrai­son le moins cher, ce qui rend son suc­cès com­mer­cial iné­luc­table ; soit l’essence n’est pas en­core suf­fi­sam­ment chère, au­quel cas il fau­drait plu­tôt fi­nan­cer l’opération en ven­dant des cré­dits car­bone (ou par un autre mé­ca­nisme qui ré­com­pense la so­briété éner­gé­tique), puisqu’on sau­rait as­sez fa­ci­le­ment chif­frer l’économie de car­bone occasionnée.

Re­cherche agro­no­mique distribuée-coordonnée

J’ai déjà men­tionné dans un pré­cé­dent ar­ticle qu’il ne suf­fit pas d’imiter la na­ture pour qu’une concep­tion per­ma­cul­tu­relle soit au point du pre­mier coup. L’évolution a mis des mil­lions d’années pour mettre au point les éco­sys­tèmes ré­si­lients et pro­duc­tifs que nous ob­ser­vons au­tour de nous ; il semble nor­mal qu’il faille au moins quelques an­nées voire quelques dé­cen­nies de tâ­ton­ne­ments pour qu’une concep­tion per­ma­cul­tu­relle porte vrai­ment ses fruits. Comme chaque jar­din est dif­fé­rent et chaque jar­di­nier a ses propres contraintes, on ne peut pas s’appuyer sur des re­cettes toutes faites dé­ve­lop­pées par un Ins­ti­tut Na­tio­nal de la Re­cherche en Per­ma­cul­ture, et cha­cun doit s’y coller.

Cela dit, rien n’empêche de mettre en com­mun les réus­sites et les dé­boires — c’est d’ailleurs l’un des ob­jec­tifs de ce site. Charge à cha­cun d’interpréter les ex­pé­riences des uns et des autres et d’en adap­ter les en­sei­gne­ments à son jar­din. Il manque pro­ba­ble­ment aux per­ma­cul­teurs fran­co­phones un ou plu­sieurs fo­rums pra­tiques cal­qués sur le fo­rum des agri­cool­teurs, consa­cré au non-labour et aux tech­niques cultu­rales sim­pli­fiées en grande culture.

Mais on peut al­ler en­core plus loin, quand il s’agit d’expérimentations au long cours qui se­raient trop lourdes ou trop longues pour une seule per­sonne. On pour­rait col­lec­ti­ve­ment pro­po­ser des pro­to­coles ex­pé­ri­men­taux sur des su­jets d’intérêt large, et cha­cun s’emparerait d’un bout du su­jet pour mettre en oeuvre une ex­pé­ri­men­ta­tion dans son jar­din et en­suite mettre en com­mun les observations.

Pre­nons un exemple concret : le pro­blème des li­maces est un su­jet cen­tral dans les tech­niques de non-labour et de culture sur butte au­to­fer­tile avec paillage épais et per­ma­nent. L’une des so­lu­tions pro­po­sées en per­ma­cul­ture consiste à en­tre­te­nir des po­pu­la­tions de pré­da­teurs (ca­rabes, hé­ris­sons, cra­pauds) en main­te­nant un ha­bi­tat adapté dans le jar­din : haies, tas de bois, mu­rets en pierres sèches, etc. On pour­rait ima­gi­ner d’établir une mé­tho­do­lo­gie de comp­tage des li­maces et des pré­da­teurs, ainsi qu’une mé­tho­do­lo­gie d’observation des éven­tuels dé­gâts cau­sés par les gas­té­ro­podes, et que cha­cun mène des ob­ser­va­tions dans son jar­din sur quelques an­nées, en no­tant la pré­sence d’habitats, la mé­téo, les cultures af­fec­tées, etc. On met en­suite en com­mun la masse de don­nées ac­cu­mu­lées, et cha­cun peut tâ­cher de mettre en évi­dence des cor­ré­la­tions et éven­tuel­le­ment des re­com­man­da­tions quant à l’efficacité re­la­tive des dif­fé­rentes ap­proches se­lon le cli­mat, le ter­rain, etc. D’ailleurs, si de vrais agro­nomes veulent nous don­ner un coup de main pour mettre tout ça en forme et co­si­gner une pu­bli­ca­tion — consul­table par tout le monde, bien en­tendu — ils se­ront les bienvenus.

Uni­ver­sité podcast

L’une des pré­oc­cu­pa­tions ma­jeures des ini­tia­tives de tran­si­tion, c’est celle de l’inadéquation entre nos com­pé­tences ac­tuelles (for­ma­tion aca­dé­mique in­tel­lec­tuelle, em­plois de bu­reau) et les be­soins fu­turs d’une so­ciété en dé­crois­sance éner­gé­tique qui de­vra re­non­cer aux ma­chines dans de nom­breux do­maines. Rob Hop­kins ap­pelle à une ‘grande re­con­ver­sion’ (the great re­skilling) pour que cha­cun ac­quière des com­pé­tences ar­ti­sa­nales concrètes pour aug­men­ter la ré­si­lience des col­lec­ti­vi­tés. Cette grande re­con­ver­sion re­pré­sente un lourd in­ves­tis­se­ment en temps, or nous man­que­rons jus­te­ment de temps s’il nous faut nous re­mettre à faire à la main de nom­breuses tâches pré­cé­dem­ment mé­ca­ni­sées. Pre­nons l’exemple de l’agriculture : s’il faut re­ve­nir à une pro­por­tion de 20 ou 30% de pay­sans, il faut pou­voir for­mer des pay­sans à tour de bras. Mais on n’aura pas les res­sources pour que 20% des gens passent quelques an­nées dans un am­phi, ni même les res­sources pour avoir as­sez d’enseignants pour ces co­hortes d’aspirants paysans.

Contrai­re­ment aux ini­tia­tives ac­tuelles qui gé­né­ra­lisent la mise en ligne des am­phis ou des tu­to­riels en vi­déo sur you­tube, l’idée d’une uni­ve­risté agri­cole en pod­cast, c’est qu’on peut être à la fois aux champs et en am­phi — c’est l’intérêt des tâches ma­nuelles non-mécanisées que de li­bé­rer une par­tie de l’esprit et des oreilles pour s’informer ou se for­mer en même temps. Le sup­port au­dio est idéal par rap­port à la vi­déo, puisqu’il ne né­ces­site que très peu d’infrastructures et de res­sources. Ainsi, sur le même mo­dèle que le site des ar­chives de l’émission Terre à Terre qui dif­fuse des cen­taines d’heures de sa­gesse éco­lo­gique, on pour­rait ras­sem­bler les res­sources au­dio pour qu’avec un simple lec­teur mp3 à 100€ et un ac­cès in­ter­net chez le voi­sin, chaque ap­prenti pay­san puisse se for­mer tout en tra­vaillant son jar­din. Si on est li­mité en dé­bit, on peut même dé­ci­der de dif­fu­ser non pas des en­re­gis­tre­ments au­dio mais des ou­vrages tex­tuels, la syn­thèse vo­cale texte → mp3 s’effectuant du côté client et non pas du côté serveur.

La for­ma­tion au­dio se­rait aussi par­fai­te­ment adap­tée à un monde où les trans­ports se­raient plus lents : s’il me faut deux heures de marche, de vélo ou de trans­ports en com­mun pour al­ler au tra­vail au lieu de 20 mi­nutes en voi­ture, je peux suivre 800 heures d’enseignement par an pour un coût col­lec­tif dé­fiant toute concur­rence, et ainsi per­mettre la grande re­con­ver­sion sans qu’il faille at­tendre un grand plan d’urgence na­tio­nal qui ne vien­dra sans doute jamais.

En­sei­gne­ment à dis­tance Open-Source

Conti­nuons dans la veine de l’enseignement. Quand on voit que l’enseignement dis­pensé par l’Education Na­tio­nale est de plus en plus in­adapté aux en­jeux de la tran­si­tion, et que l’institution elle-même n’est pro­ba­ble­ment pas très ré­si­liente en cas de crise ma­jeure et pro­lon­gée, on est tenté comme un nombre crois­sant de pa­rents de ne pas sco­la­ri­ser ses en­fants et d’assurer l’enseignement à la mai­son. Outre la re­pro­duc­tion des pré­ju­gés cultu­rels, le risque que j’y vois c’est que les pa­rents se li­mitent aux en­sei­gne­ments qu’ils maî­trisent. Mais si les pa­rents met­taient en com­mun leurs ‘pro­grammes’, leurs ac­ti­vi­tés de dé­cou­verte, leurs res­sources do­cu­men­taires, leurs su­jets de cu­rio­sité etc. on dis­po­se­rait d’une ou­ver­ture et d’une ri­chesse que ja­mais l’enseignement aca­dé­mique cen­tra­lisé ne pour­rait at­teindre, et au­cun en­fant ne se­rait bridé dans son ap­pren­tis­sage par les éven­tuelles dif­fi­cul­tés des pa­rents sur tel ou tel sujet.

Tech­no­lo­gie ap­pro­priée Open-Source

Pour un monde re­lo­ca­lisé où l’activité pro­duc­tive dé-mondialisée se fait à plus pe­tite échelle, il nous fau­dra toute une gamme d’outils tech­no­lo­giques nou­veaux. Les nou­veaux ou­tils et les nou­velles ma­chines doivent être moins gros que les ma­chines d’usine, consom­mer moins d’énergie (et éven­tuel­le­ment plus d’huile de coude), et être moins so­phis­ti­qués pour per­mettre d’être construits et main­te­nus lo­ca­le­ment avec les res­sources ma­té­rielles et tech­niques du lieu. Cette gamme in­ter­mé­diaire, c’est ce qu’on ap­pelle la tech­no­lo­gie ap­pro­priée : de­puis l’après-guerre, c’est sur­tout dans le cadre d’initiatives de dé­ve­lop­pe­ment pour les pays du Sud que quelques in­gé­nieurs sans fron­tières conçoivent et mettent au point des ma­té­riels moins com­plexes et à échelle familiale.

Ce qu’on voit ap­pa­raître grâce à la dif­fu­sion de l’internet dans les pays du Sud, c’est un foi­son­ne­ment des tech­niques et des ou­tils en tech­no­lo­gie ap­pro­priée, non pas conçus et mis au point par des in­gé­nieurs oc­ci­den­taux, mais par des in­gé­nieurs lo­caux, voire des vil­la­geois in­gé­nieux. Et ces concepts font ra­pi­de­ment le tour de la toile, avec cha­cun qui les amé­liore ou les adapte à ses contraintes ou ses res­sources lo­cales : foyers ro­cket, fours so­laires, chauffe-eau so­laires, mou­lins, bot­teuses, dé­cor­ti­queuses, se­moirs, at­te­lages, pompes, éoliennes, etc.

A l’instar du dé­ve­lop­pe­ment col­la­bo­ra­tif d’outils in­for­ma­tiques grâce à des col­la­bo­ra­tions bé­né­voles entre in­for­ma­ti­ciens du monde en­tier, je suis per­suadé que le mo­dèle Open-Source est le cadre idéal pour la concep­tion et la mise au point des ou­tils en tech­no­lo­gie ap­pro­priée dont nous au­rons bien­tôt besoin.

In­ter­net très-bas-débit

Pour toutes les idées men­tion­nées ici, l’internet est un ou­til cen­tral. Mal­heu­reu­se­ment, on lit par­tout que l’internet re­pré­sente une part de plus en plus im­por­tante de notre consom­ma­tion d’énergie et des émis­sions de gaz à ef­fet de serre. Si l’on tire le fil de ce constat, il faut en conclure que dans un monde de des­cente éner­gé­tique il faut en­vi­sa­ger qu’on au­rait moins d’internet. Pour­tant, la pos­si­bi­lité de com­mu­ni­quer of­ferte par in­ter­net est à mon sens au coeur de notre ca­pa­cité à en­vi­sa­ger col­lec­ti­ve­ment la tran­si­tion. D’ailleurs je suis convaincu que la tran­si­tion est un pur pro­duit d’internet. Ainsi, je pense qu’il nous faut conce­voir une forme d’internet qui puisse fonc­tion­ner avec net­te­ment moins de moyens, et avec des res­sources élec­triques in­ter­mit­tentes, pour à terme n’exiger que de l’électricité re­nou­ve­lable pro­duite de fa­çon dis­tri­buée aux dif­fé­rents noeuds du réseau.

En très gros, la puis­sance consom­mée par un ré­seau de com­mu­ni­ca­tion, c’est pro­por­tion­nel au dé­bit d’information. Et la puis­sance consom­mée par une ferme de ser­veurs, c’est pro­por­tion­nel au vo­lume de don­nées sto­ckées et au dé­bit. Et la puis­sance consom­mée par un or­di­na­teur per­son­nel, c’est pro­por­tion­nel à la puis­sance de cal­cul mise en jeu, donc au dé­bit d’information.

Qu’est-ce qui gé­nère du vo­lume et du dé­bit sur in­ter­net ? Le mul­ti­mé­dia. Une mi­nute d’audio, c’est 100 fois plus lourd qu’une page de texte, et une mi­nute de vi­déo, c’est 50 fois plus lourd que l’audio. Ainsi, si l’on re­vient au bon vieux texte et aux des­sins et ani­ma­tions en for­mat vec­to­riel, on éco­no­mise un fac­teur 5000. Il fau­drait pro­ba­ble­ment re­non­cer à You­tube et à la vi­déo à la de­mande, mais on gar­de­rait wi­ki­pé­dia, les blogs, le mail, même en re­ve­nant à des dé­bits de 56 kbps.

Et pour se pas­ser des fermes de ser­veurs, il fau­drait gé­né­ra­li­ser le sto­ckage peer-to-peer (cha­cun hé­ber­ge­rait un bout de wi­ki­pé­dia sur son or­di­na­teur) et in­ven­ter un mo­teur de re­cherche peer-to-peer dis­tri­bué. Avis aux dé­ve­lop­peurs fous [note : ap­pa­rem­ment, il y a quelques bal­bu­tie­ments in­té­res­sants].

Note fi­nale

Comme pour toutes les idées de la sé­rie, le but est qu’elles se dif­fusent pour que l’une ou l’autre ait la chance de ren­con­trer ce­lui ou celle qui aura l’inspiration et la mo­ti­va­tion de lui faire voir le jour : n’hésitez pas à vous em­pa­rer de ce qui vous semble per­ti­nent et à le re­prendre à votre compte.

7 idées associatives pour la transition

Quelques idées de missions associatives locales

 

landshare

Par Kristen (Aveyron) sur son site : http://www.arpentnourricier.org/

Voici une pre­mière sé­rie d’idées plus ‘bé­né­voles’, dans l’esprit de la tran­si­tion. Il s’agit ici de se prendre en main au ni­veau lo­cal, sans at­tendre que le sys­tème tombe tout cru d’une en­tre­prise ou d’une col­lec­ti­vité locale.

Ca­ta­logue de se­mences et bou­tures au ni­veau lo­cal — bourses d’échange

Je ne fais ici que re­prendre l’idée de base de l’association Bio­diva : fa­vo­ri­ser la bio­di­ver­sité au jar­din en en­cou­ra­geant les échanges non-marchands de se­mences et bou­tures entre par­ti­cu­liers. L’association a peau­finé le concept des bourses d’échange de la fa­çon sui­vante : il y a une grande table au mi­lieu où tout le monde dis­pose les sa­chets ou boîtes de graines qu’il est prêt à don­ner sans états d’âme, et des pe­tites tables tout au­tour où cha­cun peut pré­sen­ter les graines des va­rié­tés qui lui tiennent un peu plus à coeur, afin d’échanger en quan­ti­tés plus ré­duites et en ap­por­tant des pré­ci­sions sur les plantes, les modes de culture, etc. On ne vend pas, on ne compte pas les points, on de­mande juste à ce que cha­cun joue à peu près le jeu de ve­nir avec quelque chose.

Par­tage de jar­dins / pla­ni­fi­ca­tion concer­tée de jar­dins particuliers

En­core sur le thème du jar­din, je re­prends une idée pré­sen­tée dans le do­cu­men­taire In Tran­si­tion 1.0 et pra­ti­quée déjà à grande échelle par nos voi­sins d’outre-Manche : ceux qui ont un jar­din mais n’en font rien se mettent en re­la­tion avec des voi­sins qui ai­me­raient faire pous­ser des fruits et des lé­gumes s’ils avaient un peu de place. En échange, j’imagine qu’on par­tage une par­tie de la récolte.

Pour al­ler plus loin dans cette idée, une as­so­cia­tion qui dis­po­se­rait ainsi d’une liste de jar­di­niers et d’une liste de jar­dins pour­rait aussi choi­sir d’orienter les choix de culture des uns et des autres pour ac­croître la di­ver­sité des lé­gumes pro­duits par les membres de l’association sans trop com­pli­quer chaque jar­din. Ainsi il y n’y au­rait pas plus que deux va­rié­tés de to­mates dans chaque jar­din, mais plus d’une di­zaine de va­rié­tés dans les pa­niers de l’association, pourvu qu’on trouve un moyen simple de par­ta­ger les récoltes.

Mar­ché vir­tuel de particuliers

Une autre idée as­sez proche se­rait une as­so­cia­tion de jar­di­niers ama­teurs qui par­ta­ge­rait la liste des lé­gumes qui poussent chez les uns et les autres avec les dates de ma­tu­rité et les quan­ti­tés, afin que cha­cun puisse faire son mar­ché ‘vir­tuel’ à l’avance. Le jour de la ré­colte, on sau­rait tout de suite consti­tuer les pa­niers se­lon les sou­haits des uns et des autres. Il y au­rait ainsi beau­coup moins de pertes que sur un mar­ché où les in­ven­dus fi­nissent à la pou­belle, et les jar­di­niers n’auraient pas à culti­ver tous les types de lé­gumes eux-mêmes. Reste à sa­voir quel moyen de mar­chan­dage on pour­rait mettre en oeuvre pour évi­ter les in­jus­tices tout en en­cou­ra­geant les gens à ef­fec­ti­ve­ment échanger.

Fa­milles de quartier

Les fa­milles d’aujourd’hui sont trop écla­tées. On vit dans des fa­milles nu­cléaires étri­quées, en­tas­sées dans des ap­par­te­ments ri­qui­qui, sans in­ter­mé­diaire entre les liens de pa­renté im­mé­diate et les liens pro­fes­sion­nels dis­tants. Il faut at­tendre les va­cances pour voir les oncles et tantes, les grands-parents, les ne­veux ou les cou­sins, et en­core pas tou­jours. Pour au­tant, si nos ma­mies ha­bitent trop loin, il y a peut-être parmi nos voi­sines des ma­mies qui elles aussi sont loin de leur fa­mille. Qu’est-ce qui em­pêche qu’un ga­min aille dor­mir chez cette ma­mie de quar­tier ? Qu’un autre aille à la pêche ou faire du mo­dé­lisme avec un papi de quar­tier ? Qu’on ré­vise ses maths avec une grande cou­sine de quar­tier ? Na­tu­rel­le­ment, ce genre de liens peut se tis­ser spon­ta­né­ment si on ar­rive à faire vivre un quar­tier, en mé­lan­geant suf­fi­sam­ment les gé­né­ra­tions et les gens. Mais peut-être qu’un coup de pouce ai­de­rait à créer des liens un peu plus so­lides, au-delà de la simple ami­tié passagère.

Uto­pie, donc dan­ge­reuse, mais peut-on en ti­rer quelque chose ?

Cui­sine de quartier

Quand on compte le temps que passent les uns et les autres à se faire cha­cun à man­ger à sa pe­tite fa­mille, on constate à quel point le mo­dèle de la cui­sine in­di­vi­duelle est in­ef­fi­cace. Au lieu de faire à man­ger seul(e) tous les jours pour une à trois per­sonnes, il vau­drait mieux s’y col­ler une fois tous les quinze jours en équipe de cinq et pour cin­quante personnes.

Sou­vent les éco-quartiers et les éco-villages se dotent de struc­tures pour faire la cui­sine col­lec­ti­ve­ment, et la sauce prend as­sez ra­pi­de­ment quand les gens se rendent compte à quel point c’est plus sympa de faire la cui­sine à plu­sieurs, et à quel point c’est pra­tique de pou­voir mettre les pieds sous la table le reste du temps. Après, rien n’oblige à man­ger tous en­semble tous les jours, et si on a be­soin d’un peu de calme on de­vrait sim­ple­ment pou­voir ve­nir se ser­vir en cui­sine et re­mon­ter chez soi — pourvu qu’on s’acquitte ré­gu­liè­re­ment de son tour de po­potte et de plonge et que ce ne soit pas tou­jours les mêmes qui s’y collent.

Chan­tiers tournants

C’est pa­reil pour le tra­vail phy­sique. Char­rier de la terre tout seul, c’est pé­nible et chiant. Char­rier de la terre avec des potes, c’est phy­sique mais agréable. Alors plu­tôt que cha­cun peine cinq jours sur une tâche ma­nuelle à son chan­tier, on passe une jour­née à cinq et on va chez quelqu’un d’autre la fois d’après. C’est comme cela qu’on fonc­tionne de­puis main­te­nant plus d’un an avec six ou sept fa­milles d’amis des en­vi­rons, avec un chan­tier toutes les deux se­maines le di­manche et le lundi (on vient à l’un et/ou l’autre jour, on ap­porte à man­ger pour par­ta­ger le re­pas, on es­saye d’être là au moins deux fois sur trois).

Pour ce­lui qui or­ga­nise, c’est un peu de pré­pa­ra­tion pour pou­voir ac­cueillir quatre ou cinq ou­vriers le même jour, mais ça mo­tive et ça fait avan­cer le chantier.

Sys­tème d’échange local (il en existe un à AUCH !)

En fait, les chan­tiers tour­nants ci­tés au-dessus sont une éma­na­tion du Sys­tème d’Echange Lo­cal co­fondé il y a un peu plus d’un an avec quelques autres pion­niers mo­ti­vés. Si le but ini­tial d’un sys­tème d’échange lo­cal est d’encourager le troc de biens, de sa­voirs et de ser­vices entre les adhé­rents au moyen d’une mon­naie com­plé­men­taire in­dexée sur le temps passé, le but fi­nal est bien de créer du lien so­cial et d’encourager des ini­tia­tives où les gens se prennent en main.

Pour l’instant, notre SEL a sus­cité la créa­tion de deux groupes de chan­tiers tour­nants, un groupe d’artisanat créa­tif, un groupe de jeunes pa­rents qui or­ga­nisent des sor­ties en­semble ou bien des gardes par­ta­gées, et j’ai bon es­poir que ça continue.

Kristen